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L'existence paradoxale

Journal de bord – été 2026 –

Les grandes fleurs demeurent, corolles mauves et noires, séparées puis rassemblées en larges bandes où leurs motifs se répandent sur le pourtour du tapis. Le cadre, d’un vert tendre, accueille nos pas en ce jour d’été tempéré. Les pieds nus de l’autre déesse — celle de 1905 — avaient déjà rassuré les admirateurs futurs de Cézanne : la confrontation est plus de l’ordre de la répartition, fragmentations que du contenu même qui ne change pas avec les siècles.

Parfois les couleurs ne sont que cela : une apparition. Le sommeil, lui, choisit les zones les plus certaines, comme on diffuse un film destiné à une audience trop vaste pour être nommée.

Elle a levé deux yeux sans privation, les mêmes que l’on porte au réveil, même si la joue encore froissée par l’oreiller sermonne l’inflexion rare — un été à peine commencé, déjà caniculaire, décidé par les fraîches inventions d’un temps à réactions.

Messire, le peintre de ma jeunesse, n’imaginait pas que j’ajuste encore les principes de base : la discrétion, le manifeste du corps protégé, tout ce qui isole l’effet sans le réduire. La bibliothèque ouverte — celle qui ne dit jamais où tout commence ou se poursuit — demeure ce que le corps déploie de plus précieux. L’idée même de franchir une porte ouverte m’est étrangère : je reste dans l’entrebâillement, là où les choses ne se décident pas.

Même le matin, les doigts de l’amant tracent sur un visage une image du reste du monde, un présent troué, prêt à accueillir les aspérités d’une fiction spéculative. Rien n’est encore formé ; tout attend, comme si la lumière hésitait à se poser.

Les idées bleues de Debussy cernent les lobes des plus vieilles, comme un goutte à goutte. Les échos laissés sur le sol par les initiés, les cerfs franchissant l’encadrement des fenêtres, les chats bondissant d’un roman à l’autre, l’instant présent plaqué sur le même salon, et le samovar russe devenu bouilloire électrique — qu’ils nomment encore samovar — composent une même persistance : une façade blanchie où demeure l’idée d’un faste promis.

Hier soir, j’ai parlé des mères russes qui posent pour une photo de groupe avec leur Magimix reçu en compensation de la perte d’un enfant. Peut-être ai-je ainsi introduit une image accomplie.

J’ai en tête une archive vivante d’un corps morcelé qui contient les pièces d’un monde irrité.

Paris après l'orage


Note :

  • Film en illustration : 27 juin 2026, l’activité depuis ma fenêtre – le tonnerre arrive.

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