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Mary Poppins Epstein

♪ Supercriminocomplicitofantasmagocious ♪

Me voici de retour dans mon grand pays littéraire adoré. What ? que se passe-t-il ? Epstein ? Ghislaine Maxwell ? Le Mal encore ?

Le Mal toujours.

Vite, vite : une recherche Google.

Epstein+Sade+Bataille+Faulkner.

Rien.

Ça alors. Le vide, puis : Mary Poppins, correspondance forcément judicieuse relevée par une de nos nombreuses éditorialistes indispensables.

Mary Poppins ? Vraiment ? L’écran de fumée pour apaiser l’effroi ? Le dissiper ? Pour que s’écroule la conscience du danger ?

Ghislaine serait une sorte de Mary Poppins mal intentionnée. Je chuchote à nouveau mais en prononçant distinctement chaque syllabe MA-RY POP-PINS tant ça me semble irréel (idéalement j’aurais aimé introduire des électrodes dans mon cerveau ou faire un IRM pour conduire une étude), c’est presque doux cette comparaison. Un tour de passe-passe pour déplacer le problème, le minimiser ?

Seules de très jeunes filles désargentées se seraient engouffrées dans ce cauchemar ? Un épisode tragique qui finira relégué dans la fresque du temps ? désinscrit de la mémoire sensible ?

Alors que le MAL habituellement silencieux éclate en jets d’hommes puissants. Personne pour parler du MAL structurel, enraciné dans les rapports de pouvoir, dans le silence institutionnel, dans ces zones d’ombre où mijote la tragédie humaine ?

Donc Ghislaine Maxwell serait une gouvernante maléfique qui, au lieu de protéger les jeunes filles – que des filles pauvres, vraiment ? N’est-ce pas juste la part la plus commode à inclure dans la narration ? Aucune Temple faulknérienne dans la parade ? – les conduit vers un piège. Un cas isolé en somme qui ne vous concerne pas directement. Dormez braves gens. Aucun stimulus ne viendra déranger votre conscience. Aucune voûte inimaginable ne viendra sous-tendre votre inconscient, gardez bien au chaud vos illusions de jeunesse.

Je peine à concevoir qu’une Ghislaine Maxwell puisse se cacher autour de chez moi. Mon intuition reste émoussée, incapable de se dresser comme les moustaches d’un chat qui aurait traversé toutes les tragédies et tous les rituels sacrificiels de la vie dans la rue.

Est‑on face à un monstre ? À un produit du monde de la finance dans le Far West du XXIᵉ siècle ? Ainsi Epstein, sans diplômes, est passé par Bear Stearns ? Est‑on face à un système ? À des réseaux ? Des complicités ? Des institutions qui ont fermé les yeux ? Une dynamique de classe, de pouvoir ?

Et ce silence civilisationnel du côté des victimes — Allô Freud ? Bonjour monde de la littérature : où en est‑on dans la saison interminable des autobiographies et de la résilience, des hashtags #Jerésiste #Jaidécidédêtreheureuse ?

J’ai lu qu’Epstein avait plein d’assistantes, organisatrices, curatrices – ce qui me fait penser à la garde rapprochée féminine de Kadhafi. D’ailleurs, la Lybie apparaît 955 fois dans les derniers documents publiés par le département américain de la justice – grâce à Georges Brown. Preuve que l’Occident et l’Orient parfois se rencontrent là où on ne l’attend pas – j’espère la convergence autour de l’hospitalité et de l’entraide intergénérationnelle : un jour sûrement.

En creusant un peu, on peut pourtant tracer un parallèle inattendu entre le tournage de Mary Poppins et le montage du système Epstein. Le film reposait sur mille effets spéciaux, des décors truqués, des trappes invisibles, des mécanismes savamment dissimulés qui donnaient à l’illusion sa puissance : un monde où l’animation se mêlait au réel pour fabriquer l’enchantement, une magie parfaitement crédible dans le feu de l’action.

Le dispositif Epstein, lui aussi, relevait d’un art de l’illusion. Derrière les façades respectables, les maisons luxueuses, les réseaux mondains, se déployait une architecture complexe de portes dérobées, de complicités silencieuses, de mécanismes sociaux qui rendaient l’irréel possible.

Un décor si bien construit qu’il a longtemps permis de confondre le réel et l’inacceptable, comme si la société entière avait accepté de jouer dans un film en temps réel dont elle refusait et refuse toujours de lire le scénario. Tout en se déplaçant régulièrement dans les urnes. Tout en s’insérant, docilement, dans une chaîne d’intérêts interminable, inextricable. Sans jamais se soucier du décor truqué.

Bien sûr il est souhaitable de relire ou lire une première fois « Ces commencements », livre de mon cru que j’ai publié l’an passé, et qui illustre parfaitement mon propos.


Note :

  • Image en illustration : Passage du fameux film de 1964 avec Dick Van Dyke et Julie Andrews

    NB : Idéalement faire circuler ce texte autant de fois que possible pour anéantir l’effet Poppins.

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